"Depuis que le monde est monde, l’être humain n’a cessé d’utiliser ses représentations du passé et du futur pour construire son présent. De la divination aux techniques de prédiction jusqu’à la prospective, nombreux sont les hommes qui ont cherché les moyens d’éclairer l’avenir pour mieux agir sur le présent et lutter contre le destin.
Si l’origine du mot prospective, prospectivus, remonte à la fin de l’empire romain et signifie « d’où l’on a de la perspective », de prospecto, regarder en avant, scruter, de prospectus, regarder au loin, envisager, c’est dans celui de prospection développé en 1946 par le philosophe Maurice Blondel, qu’il faut peut-être trouver le sens le plus juste de notre prospective française.
La prospection est « la pensée orientée vers l’action, la pensée concrète, synthétique, pratique, finaliste, envisageant le complexus total de la solution singulière ».
Ainsi, pour le philosophe « l’avenir ne se prévoit pas, il se prépare ».
Gaston Berger son fils spirituel, définit quant à lui la prospective comme une attitude qui pousse à « voir loin, voire large, analyser en profondeur, prendre des risques, penser à l’homme ».
Cette indiscipline intellectuelle, cet art ou plus exactement cette attitude ne repose pas véritablement sur un corpus théorique mais s’est construite à partir d’une démarche phénoménologique.
Issue de la pratique, plus que de la théorie, la prospective n’est pas exclusivement le fruit d’une construction intellectuelle mais tout autant d’un réseau d’expériences et d’informations à partir duquel l’attitude prospective permet de préparer l’avenir autrement pour agir face à la rapidité croissante l’évolution du monde. "
Extrait de "Prospective et Psychanalyse : deux espaces de transition pour bâtir le Futur", Saphia Richou et Evelyne Bertin, Copyright Paris 2006.